Lalalangue : un projet artistique et pédagogique

En février dernier, à la Maison des Réfugiés, trois groupes d’apprenants de français langue étrangère des associations Aires 10, Espace 19 et Français langue d’accueil, accompagnés de leurs bénévoles, ont présenté la deuxième édition de Lalalangue. C’est un projet artistique et pédagogique qui rentre dans la vision de l’apprentissage de la langue par F.L.A. Durant plusieurs mois, les apprenants d’un niveau A1 de F.L.A ont travaillé autour du thème de « l’héritage sentimental. ». Le projet a été présenté à travers un ciné-spectacle interactif avec le public, mêlant comédie musicale et théâtre burlesque. Sur scène et à l’écran, les apprenants partagent des fragments de leurs histoires personnelles : l’origine de leur prénom, l’absence d’un être cher, un objet précieux, une recette indienne, une danse ukrainienne, ou encore un chant tibétain. Un moment très touchant marqué par la rencontre de cultures différentes.   

Depuis plusieurs années, Clotilde, comédienne, réalisatrice et pédagogue, s’engage auprès des personnes nouvellement arrivées en France. Cofondatrice du collectif Hip et Hop, elle développe des projets entre art et lien social. C’est dans ce cadre, que depuis 2018, elle travaille avec Français langue d’accueil. Pour pallier les difficultés linguistiques des apprenants, Clotilde a donné naissance au projet artistique et pédagogique Lalalangue. Lancé pour la première fois en 2024, il propose une approche innovante de l’apprentissage du français à travers le théâtre gestuel et burlesque. Le projet de 2025 l’héritage sentimental se trouve au cœur des questions « Qu’est-ce qu’on transmet à ses enfants dans un pays qui n’est pas le nôtre ? Quel est notre patrimoine sentimental ? ». Clotilde cherchait à mettre en lumière l’identité des apprenants exilés et leur résonance avec chacun d’entre nous. Le projet donne ainsi à voir des témoignages sur leurs sacrifices pour trouver leur place dans un pays étranger, ce qu’ils laissent derrière eux, ce qu’ils emportent et les liens qu’ils chérissent. Ces sujets ont été préparés en amont avec les coordinatrices et formatrices FLE. Pendant cinq mois, en complément des cours hebdomadaires, les apprenants participent à un atelier de théâtre gestuel qui enrichit l’apprentissage par une approche physique et ludique de la langue. A travers des exercices de mime, de spatialisation et d’improvisation, ils révisent autrement les notions linguistiques tout en développant des compétences comme la créativité, la communication, l’esprit d’équipe. Chaque mois, ils réalisent une vidéo autour d’un thème choisi collectivement, en y intégrant leurs apports culturels. Des professionnels du cinéma (ingénieur du son, chef opérateur) les initient aux outils techniques. Tout ce parcours est aussi ponctué par des sorties culturelles. C’est une véritable expérience formatrice, où les apprenants endossent tour à tour les rôles d’acteur, de caméraman ou encore de réalisateur. L’objectif est de favoriser l’expression orale, mais aussi d’encourager chacun à prendre sa place, sur scène comme dans la société. Clotilde ajoute : « Le projet permet aux participants de briser leur isolement, de nourrir une image positive d’eux-mêmes et de ressentir une fierté collective à travers la création d’une œuvre commune. Ce sont des ateliers qui deviennent des espaces où ils rient, où ils se détendent en même temps qu’ils révisent. »  

Le projet s’est donc conclu par un ciné-spectacle participatif et interactif avec le public. Clotilde souhaitait y retrouver l’énergie des ateliers et la transmettre au public. La restitution a été pensée comme une fête où l’on mange, chante et danse ensemble : « un symbole d’union fort ». Les apprenants deviennent les enseignants : ils ne sont plus seulement dans l’apprentissage, mais aussi dans la transmission de leurs cultures. Finalement, Clotilde espère que le public retiendra la profondeur des liens qui nous unissent malgré nos différentes nationalités, langues et cultures.  

Shahana, d’origine bangladaise est apprenante chez F.L.A depuis septembre 2025. Elle a participé à l’atelier socio linguistique de Lalalangue, une expérience qu’elle résume avec beaucoup d’enthousiasme :  “ces cours c’était magnifique”. Shahana explique que le projet était facile à suivre pour les petits niveaux car tout était construit étape par étape, ils commençaient par l’écoute puis l’écrit et enfin l’oral. Elle a particulièrement apprécié les découvertes des pratiques artistiques des autres apprenants. Elle mentionne le travail autour de l’Alpana, un art traditionnel bangladais présenté par l’apprenante Urmi. Pendant plusieurs séances, la classe a exploré le vocabulaire lié à cette pratique en le réalisant tous ensemble. Elle parle aussi de l’importance de “l’acting” dans l’apprentissage. Mettre en scène le nouveau vocabulaire permet de leur donner du sens, de mieux les visualiser et de les retenir plus facilement. Toutes les répétitions et le climat de confiance dans le groupe ont permis une présentation finale sans appréhension ou stress. Dans cette continuité, Shahana participe aujourd’hui à l’atelier théâtre de F.L.A animé par la bénévole Mathilde. Finalement, ce projet a contribué à sa progression car Shahana a récemment atteint le niveau A2.   

Vous pouvez visionner ce beau projet en allant sur ce lien : https://youtu.be/itmE2wvK36I